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Suivre l'évolution des règles de RDEIF

De la proposition législative à l’adoption: deuxième partie

Mis à jour le : 7 mai 2025

Cette deuxiĂšme partie de notre sĂ©rie en quatre volets couvre les questions liĂ©es Ă  la modĂ©lisation en fonction des rĂšgles de restriction des dĂ©penses excessives d'intĂ©rĂȘts et de financement (« RDEIF ») touchant aux pertes en capital et autres qu’en capital. 

DeuxiĂšme partie – Pertes en capital et pertes autres qu’en capital  

a) Suivi des pertes

L'une des premiĂšres Ă©tapes de la modĂ©lisation des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes d'un contribuable consiste Ă  calculer le revenu imposable rajustĂ©. Ce dernier est calculĂ© Ă  titre de revenu imposable sous rĂ©serve de rajustements particuliers, notamment la dĂ©duction pour amortissement, les dĂ©penses et revenus d'intĂ©rĂȘts et de financement ainsi que la portion des dĂ©penses nettes d'intĂ©rĂȘts et de financement dĂ©duite des pertes autres qu'en capital utilisĂ©es pendant la pĂ©riode d'imposition.

L'ajustement des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement dĂ©duites des pertes autres qu'en capital est calculĂ© au moyen d'une formule prĂ©vue dans la loi. Il est important de noter que cet ajustement nĂ©cessite que le contribuable dĂ©termine le montant des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement engagĂ©es dans la pĂ©riode d'imposition oĂč les pertes autres qu'en capital ont Ă©tĂ© utilisĂ©es et qu'il ajuste les donnĂ©es des sociĂ©tĂ©s Ă©trangĂšres affiliĂ©es. Cette exigence peut complexifier le calcul du revenu imposable rajustĂ© et souligne l'importance d'Ă©tablir le montant des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement engagĂ©es dans chaque pĂ©riode d'imposition oĂč des pertes autres qu'en capital ont Ă©tĂ© subies, puis d'en faire le suivi.

La loi permet de ne pas utiliser le calcul dĂ©taillĂ© et de traiter plutĂŽt les pertes autres qu'en capital comptabilisĂ©es avant le 4 fĂ©vrier 2022 comme des pertes antĂ©rieures au rĂ©gime dĂ©terminĂ©, en prĂ©sumant que 25 % de leur solde dĂ©coule des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement. Si cette solution constitue un allĂšgement administratif, elle pourrait ĂȘtre moins avantageuse si la dĂ©duction pour les dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement des pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes est nĂ©gligeable.

Les dĂ©penses d’intĂ©rĂȘts et de financement d’un contribuable comprennent les montants inclus dans les pertes en capital dĂ©duites pour calculer le revenu imposable pour l'annĂ©e et sont liĂ©es Ă  des montants se rapportant Ă  la dette, par exemple une perte de change dĂ©coulant d'un emprunt libellĂ© en devises. On trouve souvent ces types de dĂ©penses dans les structures de capital-investissement dont les acquisitions ou les activitĂ©s en cours peuvent ĂȘtre financĂ©es au moyen d’emprunts en devises. Au fil du temps, les remboursements du capital peuvent entraĂźner une perte de change qui donne lieu Ă  une perte en capital.

Malheureusement, aucune date pour des droits acquis n’est fournie Ă  l’Ă©gard des pertes en capital. Il faut donc effectuer un suivi dĂšs que la premiĂšre perte en capital est constatĂ©e pour dĂ©terminer la proportion des dĂ©penses d’intĂ©rĂȘts et de financement, par exemple une perte de change rĂ©alisĂ©e sur le capital empruntĂ©. Ce processus peut ĂȘtre difficile pour bien des contribuables et alourdit le fardeau en frais d’administration et de conformitĂ©.

b) Utilisation des pertes autres qu'en capital

Les pertes autres qu'en capital expirent aprĂšs vingt pĂ©riodes d'imposition. Les contribuables peuvent les dĂ©duire, Ă  leur discrĂ©tion, de leur revenu imposable. Les dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes peuvent, quant Ă  elles, ĂȘtre reportĂ©es de maniĂšre prospective indĂ©finiment, mais elles ne peuvent ĂȘtre appliquĂ©es qu'Ă  une pĂ©riode d'imposition oĂč il y a une capacitĂ© excĂ©dentaire. Comme pour les pertes autres qu'en capital, les dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes sont assujetties aux rĂšgles sur la restriction de pertes.  

L'utilisation des pertes autres qu'en capital dans le calcul du revenu imposable rajustĂ© rĂ©duit la capacitĂ© de dĂ©duire les dĂ©penses nettes d'intĂ©rĂȘts et de financement, ce qui augmente alors le montant des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes. Les contribuables doivent absolument comprendre l'incidence de l'utilisation des pertes autres qu'en capital sur le montant d'impĂŽts en trĂ©sorerie Ă  payer, en particulier si ces pertes sont insuffisantes pour abriter le revenu imposable supplĂ©mentaire dĂ©coulant du rĂ©gime de RDEIF. Lorsqu'il existe Ă  la fois des pertes autres qu'en capital et des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes, l'utilisation des pertes autres qu'en capital influence dans une plus large mesure la rĂ©duction des revenus de sources auxquelles des restrictions s'appliquent quant aux dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement. Cette influence est sans doute attribuable au fait que la pĂ©riode d'application des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes est moins grande, mais que leur pĂ©riode de report est illimitĂ©e.

Comme il en a Ă©tĂ© fait mention, une partie des dĂ©penses nettes d'intĂ©rĂȘts et de financement dĂ©duites des pertes autres qu'en capital utilisĂ©es est ajoutĂ©e au revenu imposable rajustĂ©. Étant donnĂ© l'effet circulaire de la compensation du revenu imposable supplĂ©mentaire par les pertes autres qu'en capital en raison du rĂ©gime de RDEIF, les contribuables doivent modifier le calcul en se basant sur le montant dĂ©finitif de pertes autres qu'en capital utilisĂ© au cours de l'annĂ©e oĂč le rĂ©gime est en vigueur. Ce processus itĂ©ratif implique des calculs complexes pour dĂ©terminer le montant optimal de pertes autres qu'en capital nĂ©cessaires pour compenser le revenu imposable supplĂ©mentaire dĂ©coulant du rĂ©gime de RDEIF. De plus, la dĂ©cision d'utiliser les pertes autres qu'en capital devrait Ă©galement avoir une incidence sur la comptabilisation des actifs d'impĂŽts diffĂ©rĂ©s en ce qui a trait aux pertes autres qu'en capital et aux dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes.

L'utilisation de telles pertes est donc Ă  la discrĂ©tion des contribuables. Par le passĂ©, les pertes autres qu'en capital ne conservaient pas leur nature en fonction de l'origine de la dĂ©pense. Par consĂ©quent, la mĂ©thode du premier entrĂ©, premier sorti Ă©tait frĂ©quemment utilisĂ©e pour l'application des pertes autres qu'en capital. Toutefois, la lĂ©gislation relative au rĂ©gime de RDEIF modifie cette rĂ©alitĂ© en dĂ©signant une partie des pertes autres qu'en capital comme provenant des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement. La question se pose donc : si certaines pĂ©riodes d'imposition produisent des pertes autres qu'en capital sans dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement, les contribuables peuvent-ils utiliser ces pertes au lieu des autres? Des prĂ©cisions de l'Agence du revenu du Canada sur ces points sont attendues avec impatience.

Principaux éléments à retenir et prochaines étapes

Le suivi des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement liĂ©es aux pertes autres qu'en capital et aux pertes en capital alourdit le fardeau des contribuables en matiĂšre de conformitĂ©. Si le choix de traiter une perte comme une perte antĂ©rieure au rĂ©gime dĂ©terminĂ©e permettait un allĂšgement, il n'Ă©tait pas toujours avantageux. Les contribuables touchĂ©s par ces rĂšgles devraient envisager de suivre les Ă©tapes ci-dessous :

  • Les contribuables qui incluent des pertes autres qu'en capital Ă  des pĂ©riodes d'imposition auxquelles les rĂšgles de RDEIF s'appliquent devraient rĂ©viser leurs activitĂ©s antĂ©rieures pour dĂ©terminer les dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement engagĂ©es dans chaque pĂ©riode d'imposition oĂč des pertes autres qu'en capital sont subies.
  • AprĂšs analyse, ils devraient dĂ©cider si le choix de traiter une perte antĂ©rieure au rĂ©gime dĂ©terminĂ©e fournit un allĂšgement supplĂ©mentaire ou s'il est avantageux d'ajuster les dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement engagĂ©es dans l'annĂ©e oĂč des pertes autres en capital sont enregistrĂ©es.
  • Il convient de prĂ©parer des prĂ©visions prudentes dans le cadre d'une modĂ©lisation en fonction du rĂ©gime de RDEIF pour dĂ©terminer la meilleure utilisation des pertes autres qu'en capital ainsi que des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes. Ce calcul doit aider les contribuables Ă  justifier leur position sur la comptabilisation de l'actif d'impĂŽt diffĂ©rĂ© dĂ©coulant des pertes autres qu'en capital et des dĂ©penses d'intĂ©rĂȘts et de financement restreintes.

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Harry Chana
Chef, Services en fiscalité internationale et transfrontaliÚre

Jaskirit Randhawa,
Directrice principale, Services en fiscalité internationale


L’information prĂ©sentĂ©e est Ă  jour en date du 16 avril 2025.

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