Difficultés d’évaluation : la détermination des prix dans un contexte de volatilité
Dans un contexte où les droits de douane rendent les flux de trésorerie futurs imprévisibles, les modèles d’évaluation traditionnels perdent de leur fiabilité. Pour les entreprises dotées de chaînes d’approvisionnement internationales, la hausse des coûts gruge les marges et fausse les projections de bénéfices.
Les relations commerciales Canada–États-Unis en sont un exemple frappant. Les entreprises canadiennes qui importent des composants américains subissent une majoration des coûts qui dénature les prévisions du BAIIA et complique l’établissement des prix. La baisse de 21 % du volume des transactions transfrontalières au début de 2025 reflète la révision des primes de risque. En conséquence, les acheteurs canadiens privilégient désormais les cibles nationales, ce qui laisse présager une vague de regroupements à l’intérieur du pays, en particulier dans les secteurs de la fabrication et de la logistique, où la dépendance envers le marché américain est la plus forte.
La récente escalade des droits de douane a accentué cette pression. Le 1er août 2025, les États-Unis ont porté de 25 % à 35 % les droits sur les marchandises canadiennes non conformes à l’ACEUM et imposé des droits de 50 % sur l’acier et l’aluminium, y compris sur les produits conformes. En riposte, le Canada a instauré des droits de 25 % sur des produits américains d’une valeur de 30 milliards de dollars canadiens et prévoit d’en imposer sur 125 milliards additionnels d’ici la fin de l’année. Malgré la levée partielle du 1er septembre 2025, qui exemptait des produits américains d’une valeur de 14,2 et de 30 milliards de dollars, les secteurs névralgiques, comme l’acier, l’aluminium et l’automobile, restent lourdement taxés. L’entrée en vigueur, le 14 octobre 2025, de nouveaux droits américains, notamment de 10 % sur le bois d’œuvre canadien et de 25 % sur les meubles en bois rembourrés, exige des mesures stratégiques immédiates. Ces droits, qui s’ajoutent aux précédents, devraient faire bondir les coûts de construction et d’ameublement, ce qui perturbera le marché nord-américain de l’habitation ainsi que les secteurs connexes.
Les normes d’évaluation évoluent sous l’effet de ces mutations. La décote des transactions s’explique désormais moins par un rendement insuffisant que par l’intensification du risque géopolitique. Cette conjoncture soulève des questions fondamentales : les investisseurs évaluent-ils convenablement ces risques? Surtout, comment distinguent-ils les chocs passagers des bouleversements durables de la rentabilité?
Dans ce climat d’incertitude, les acteurs du marché des fusions-acquisitions privilégient désormais des modèles d’évaluation par scénarios et des analyses de sensibilité tenant compte des diverses répercussions tarifaires possibles. Ces outils permettent de prendre des décisions plus avisées en matière de prix et de percevoir les décotes comme des occasions d’investissement stratégiques, surtout lorsque les fondamentaux conservent leur solidité à long terme.
D’autre part, les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement rendent le tableau des évaluations encore plus complexe. Confrontées à la volatilité du marché, les entreprises sont forcées de revoir leur stratégie d’approvisionnement. Une question centrale se pose : la vérification des risques géopolitiques devrait-elle s’ajouter systématiquement au contrôle diligent des fusions-acquisitions?
Portraits sectoriels : disparités d’exposition et repositionnement stratégique
Les contrecoups de la guerre commerciale frappent de façon inégale; les secteurs de la fabrication, de l’automobile et de l’électronique grand public figurent parmi les plus durement touchés en raison de leur recours accru aux pièces en provenance de l’étranger. Les entreprises canadiennes de ces secteurs réévaluent leurs partenariats avec les États-Unis, et plusieurs fabricants d’équipement d’origine ont retardé le lancement de leurs produits en raison de l’incertitude liée aux droits de douane. Le même phénomène de repositionnement stratégique s’observe aux États-Unis, où des entreprises comme Volkswagen et Nintendo modifient leurs prix et leurs échéanciers en raison des perturbations commerciales.
L’imposition annoncée le 10 juillet 2025 d’un droit de 35 % sur les importations canadiennes (applicable depuis le 1er août) a ébranlé encore davantage les chaînes d’approvisionnement, particulièrement dans les secteurs de la fabrication et de l’agriculture. Malgré les exemptions dont bénéficient les produits conformes à l’ACEUM, les contre-mesures tarifaires du Canada ont amplifié l’incertitude économique et provoqué le gel ou le report des fusions-acquisitions dans les secteurs visés.
À l’inverse, les secteurs dotés de chaînes d’approvisionnement agiles ou d’installations de production nationales tirent leur épingle du jeu. Les entreprises canadiennes spécialisées dans les technologies et les énergies propres, moins tributaires des importations américaines, attirent davantage d’investisseurs en fusions-acquisitions sous l’impulsion des incitatifs gouvernementaux pour la diversification commerciale et l’autonomie industrielle.
Incidence des nouveaux droits de douane des États-Unis sur les exportateurs canadiens
Devant l’escalade des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, les entreprises déploient un arsenal de solutions stratégiques adaptées aux risques de leur secteur. Bon nombre d’entre elles se tournent vers l’intégration verticale et le rapatriement des activités pour réduire leur dépendance aux fournisseurs étrangers et ainsi se prémunir contre la volatilité tarifaire. D’autres encore forment des alliances et des coentreprises dans le but de répartir le fardeau des droits de douane et de gagner en souplesse opérationnelle, particulièrement dans les secteurs très exposés aux échanges transfrontaliers, comme la fabrication et les biens de consommation.
Parallèlement, les sociétés misent sur la diversification géographique par l’entremise de fusions-acquisitions pour atténuer les risques de concentration dans les régions à droits de douane élevés. Leur stratégie consiste à cibler certains actifs au pays ou à percer des marchés caractérisés par des échanges commerciaux plus prévisibles. Par ailleurs, certaines entreprises pratiquent l’ingénierie tarifaire (reclassement des marchandises ou modification du pays d’origine) pour optimiser les flux commerciaux et limiter les répercussions sur les coûts.
Pour leurs transactions, les acheteurs privilégient les secteurs peu exposés au marché américain et dotés d’un fort pouvoir de fixation des prix. Ils exigent également des structures d’acquisition souples, comme les clauses d’indexation sur le résultat et les ententes de prix conditionnels, pour pallier les incertitudes. Dans les secteurs vulnérables, les vendeurs repositionnent leurs actifs, les regroupent avec des unités plus résilientes ou retardent leur entrée sur le marché pour éviter une compression des évaluations et des complications réglementaires.
Transactions transfrontalières : frictions réglementaires et opérationnelles
Les droits de douane riment souvent avec surveillance réglementaire accrue. Les opérations transfrontalières s’accompagnent maintenant de périodes d’approbation prolongées, d’obligations de conformité plus strictes et d’un risque politique plus élevé.
Pour surmonter ces obstacles, les négociateurs consultent leurs conseillers en réglementation dès le début du processus et structurent les transactions de manière à atténuer les préoccupations relatives à la sécurité nationale, notamment par des participations minoritaires ou des coentreprises. Sur le plan opérationnel, les entreprises intègrent la résilience logistique dans leurs plans d’intégration, tout en investissant dans des outils numériques de visibilité de la chaîne d’approvisionnement pour détecter les perturbations et s’y adapter.
La volatilité des devises ajoute une nouvelle dimension à la structuration des transactions. Les fluctuations du dollar canadien par rapport au dollar américain ont fait de la couverture de change une composante incontournable des lettres d’intention et des contrats de vente transfrontaliers. Pour combler les écarts d’évaluation causés par l’incertitude tarifaire, les négociateurs recourent de plus en plus aux clauses d’indexation et aux modèles de prix conditionnels. Par ailleurs, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement demeurent une préoccupation majeure. Les droits de douane modifient les itinéraires logistiques, retardent la production et gonflent les coûts, autant de facteurs à prendre en compte dans la planification de l’intégration. La question de l’heure se pose : les acquéreurs procèdent-ils à des tests de résistance suffisants sur la chaîne d’approvisionnement après la fusion?
Un contrôle diligent rigoureux devient impératif. Les investisseurs et les conseillers doivent examiner en profondeur l’exposition aux droits de douane, le risque politique et l’agilité opérationnelle. La liste de vérification du contrôle diligent évolue, si bien que les négociateurs doivent envisager d’inclure la prévision des politiques commerciales, la modélisation par scénarios et la planification des mesures d’urgence. De nombreuses entreprises élargissent la portée de leur contrôle diligent pour évaluer les risques liés aux politiques commerciales et font appel à des consultants spécialisés en risques géopolitiques pour les territoires à haut risque. Ces mesures permettent aux acquéreurs d’anticiper les retards résultant de changements réglementaires, de modéliser les scénarios défavorables et d’élaborer des thèses d’acquisition plus solides.
Perspectives d’avenir : les fusions-acquisitions stratégiques dans un monde multipolaire
Loin de reculer devant les écueils, le secteur des fusions-acquisitions se réinvente. Les entreprises de premier plan ne laissent pas les droits de douane torpiller leurs stratégies à long terme. Les perturbations leur servent au contraire de catalyseur pour agir avec audace : croissance, développement des compétences et cessions d’actifs permettent de pérenniser leur portefeuille.
Cette résilience invite à la réflexion : devant les changements géopolitiques, votre stratégie de fusions-acquisitions anticipe-t-elle les événements ou se contente-t-elle d’y réagir? Allons plus loin : pourquoi ne pas tirer parti des barrières tarifaires pour dénicher des actifs sous-évalués ou donner un coup d’accélérateur à la transformation de votre entreprise?
Le savoir-faire de BDO en fusions-acquisitions
Les droits de douane ne sont pas qu’un simple instrument politique : ils annoncent un nouvel ordre mondial. Le véritable défi des investisseurs, des conseillers en fusions-acquisitions et des spécialistes du capital-investissement n’est pas de surmonter cette complexité, mais d’en faire un levier. Pour sortir du lot, il faudra savoir poser les bonnes questions, adapter ses outils d’analyse et prendre des décisions audacieuses en dépit de l’incertitude. Consultez notre équipe pour obtenir des conseils sur votre stratégie de fusion-acquisition.