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Commerce international : enjeux et perspectives après une année 2025 mouvementée

Point de vue de BDO Canada

Mis à jour le : 18 décembre 2025

Maintenant que 2025 est derrière nous, les entreprises canadiennes délaissent la gestion de crise pour revenir à une stratégie à long terme. Pendant toute l’année, les membres de l’équipe des Services liés aux douanes et au commerce international de nos bureaux de Toronto, de Vancouver, de Calgary, de Montréal et de partout ailleurs au Canada ont collaboré étroitement avec nos clients (exportateurs, importateurs, fabricants, producteurs agroalimentaires et entreprises du secteur de l’énergie) pour leur offrir des solutions et les aider à prendre des décisions qui transformeront leurs chaînes d’approvisionnement, leurs stratégies de mise en marché et leurs plans de croissance à compter de 2026.

Voici quelques prévisions pour la nouvelle année et leurs incidences sur les entreprises canadiennes.

Carney says diversifying trade relationships with Europe, Asia among key fall objectives, CBC News, 10 septembre 2025. 

Bilan de l’année : choc, réaction et désamorçage pragmatique

En janvier 2025, le président des États-Unis a publié une note sur la politique commerciale du pays pour annoncer son intention de donner la priorité aux intérêts nationaux et préparer le terrain pour la suite. Au début de mars, le gouvernement du pays a imposé des droits de douane de 25 % sur presque toutes les marchandises canadiennes et mexicaines, décrétant l’état d’urgence en raison de problèmes liés à la sécurité de la frontière et à la crise du fentanyl. Le Canada a répondu avec prudence, instaurant des droits de douane temporaires tout en restant ouvert aux pourparlers et en cherchant des solutions qui conviennent aux deux parties. Il a imposé des droits de douane réciproques de 25 % sur 30 milliards de dollars canadiens d’importations américaines à partir du 4 mars, puis sur 29,8 milliards additionnels à compter du 13 mars. Le gouvernement a ensuite publié une liste qui aurait porté le total à 155 milliards en l’absence d’une résolution rapide, envisageant de reproduire les conséquences financières que les droits de douane des États-Unis auraient eues sur les entreprises et les consommateurs canadiens.

Les secteurs les plus intégrés de l’économie canadienne, automobile, acier, bois d’œuvre et produits laitiers, ont immédiatement été touchés. Pendant plusieurs mois, l’incertitude a souvent causé autant de perturbations que les mesures douanières.

Vers la fin de l’été, les États-Unis ont porté les droits de douane à 35 % sur les produits non conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). En septembre, le Canada a opté pour le pragmatisme et suspendu bon nombre de ses contre-mesures tarifaires, ne conservant que celles sur l’acier, l’aluminium et les véhicules finis pour assurer la stabilité des chaînes d’approvisionnement nord-américaines et favoriser les négociations en cours. Pour sa part, le pays de l’Oncle Sam a continué d’appliquer les règles d’origine de l’ACEUM pour les biens admissibles. Les conséquences réelles des droits de douane se sont donc limitées aux produits non conformes. Le budget du Canada de 2025 comprend une enveloppe de 30 milliards de dollars en soutien aux entreprises, dont 25 milliards en aide ciblée pour les secteurs touchés et 5 milliards pour la diversification des corridors commerciaux. Elles seront ainsi en mesure d’adapter leurs activités plutôt que de simplement absorber les coûts.

Perspectives d’avenir : trois scénarios plausibles pour 2026 et 2027

Statu quo et pression élevée

Les États-Unis continuent d’imposer des droits de douane de 35 % sur les marchandises non conformes à l’ACEUM et s’en servent comme levier. Toutefois, ce taux est progressivement abaissé à mesure que les pourparlers avec le Canada avancent. En pratique, les droits applicables aux biens respectant les règles d’origine de l’ACEUM perçus par les États-Unis restent faibles ou nuls. Le Canada pourrait faire d’autres concessions sur les produits laitiers et le bois d’œuvre de résineux, mais les échanges commerciaux restent gérables au quotidien. Le pays poursuit ses efforts de diversification et accroît donc le volume de ses échanges dans le cadre de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) et de nouveaux accords indo-pacifiques.

Intensification des tensions

Les négociations sur le renouvellement de l’ACEUM sont interrompues et ce dernier arrive à échéance. Les États-Unis appliquent des droits de douane de 35 % ou plus de façon généralisée et accordent moins d’exemptions. Le Canada envisagerait vraisemblablement de réinstaurer la totalité de ses contre-mesures tarifaires. Les répercussions économiques seraient énormes pendant 12 à 18 mois, malgré les plans de financement et d’urgence maintenant mis en place par les clients.

Élargissement de l’accord nord-américain

C’est le scénario optimiste, soit celui où il y a conclusion d’un nouvel accord sur l’économie et la sécurité (intégration énergétique, minéraux critiques et efficacité du système frontalier) qui se traduit par une version modernisée de l’ACEUM et une réduction importante des droits de douane. Il s’agirait d’une agréable surprise qui donnerait lieu à un essor économique imprévu au Canada.

Incidences sur les entreprises canadiennes

Les événements survenus en 2025 ont laissé une empreinte durable, mais ont aussi suscité des réflexions approfondies qui serviront les entreprises pendant bien des années. Dans le cadre de notre travail au quotidien dans l’ensemble du pays, nous avons constaté quatre types de réaction de la part des entreprises canadiennes :

  • Bon nombre d’entre elles établissent des filiales aux États-Unis afin de pouvoir y effectuer des ventes en tant qu’entité américaine. Quand l’opération est structurée correctement, elle permet aussi d’abaisser la valeur sur laquelle les droits de douane sont calculés. Les entreprises s’exposent toutefois à une myriade de considérations juridiques et réglementaires ainsi qu’à d’autres contraintes liées notamment à la conformité fiscale, aux ressources humaines et à l’immobilier qui peuvent l’emporter sur les avantages liés à la réduction des droits de douane. Il faut les étudier soigneusement avant d’apporter tout changement.
  • Les entreprises cherchent activement à obtenir des remises et des remboursements, que ce soit grâce au décret de remise de la surtaxe du Canada et aux programmes d’exonération ou de drawback des droits de l’Agence des services frontaliers du Canada, et passent en revue, si possible, les déclarations d’entrée préparées par les courtiers en douane aux États-Unis pour récupérer les droits déjà payés afin d’y déceler d’éventuelles erreurs ou pour structurer plus efficacement les flux futurs.
  • Il y a eu une augmentation notable de l’adhésion à des associations sectorielles et à des groupes de défense des intérêts. Les entreprises soutiennent activement (et, dans bien des cas, contribuent à façonner) l’aide gouvernementale ciblée, le retrait des barrières au commerce interprovincial et les mesures générales visant à accroître les liquidités.
  • Les exportateurs et les importateurs accélèrent la diversification de leurs marchés au-delà de l’Amérique du Nord. Nous constatons une plus grande utilisation de l’AECG pour accéder au marché européen, un intérêt grandissant pour le PTPGP et une multiplication des nouvelles initiatives visant l’Union européenne, le Royaume-Uni, l’Inde et la région indo-pacifique dans son ensemble.

On remarque surtout que les dirigeants d’entreprises ne tiennent plus le marché américain pour acquis et établissent, pour la plupart, des plans de croissance comportant désormais une ou deux solutions de rechange. Même si les difficultés persistent dans certains secteurs, les stratégies mentionnées plus haut aident déjà les entreprises à réduire les risques, à abaisser les coûts et à trouver de nouvelles occasions de croissance.

Conclusion

Le Canada a déjà fait face à des défis commerciaux par le passé et en est ressorti plus fort. Les perturbations ont particulièrement marqué l’année 2025, mais elles ont accéléré la prise de décisions qui s’imposaient depuis longtemps : souplesse accrue des structures internes, retrait des barrières internes et renforcement actif des relations avec des partenaires fiables partout dans le monde.

Dans ce nouveau paysage commercial où le Canada évolue, les entreprises ont intérêt à n’ignorer aucun marché si elles souhaitent devenir résilientes, se diversifier et croître. Celles qui ont élaboré des stratégies et prévu plusieurs options, qu’il s’agisse de nouveaux marchés, structures, partenariats ou clients, se trouvent en bonne posture dans ce contexte commercial qui a été profondément bouleversé.


L’information présentée est à jour en date du 17 décembre 2025

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