Les banques se remémorent la Grande Récession et tentent de se racheter
Les institutions financières ont fait preuve de patience pendant la crise du coronavirus. Jusqu'à maintenant, elles ont démontré de la souplesse quant aux clauses restrictives et aux modalités de paiement dans le secteur des sociétés et des activités commerciales, contrairement aux crises financières précédentes, selon plusieurs observateurs.
« Je crois que depuis les 12 dernières années, le système bancaire a vraiment tenté de se renforcer en vue d'une éventuelle récession comme celle de 2008-2009, a indiqué Mark MacPherson. Pour les banques, cette crise revêt une importance aussi capitale que le Super Bowl pour les joueurs de football. Elles se montrent à la hauteur en étant proactives et en disant à leurs clients qu'ils peuvent compter sur elles pour les épauler, quels que soient leurs besoins. »
Cela dit, certaines banques américaines ne sont pas aussi conciliantes que celles du Canada.
« J'ai entendu dire qu'au sud de la frontière, les banques ne se montrent pas aussi patientes », a affirmé Sunil Sharma, associé et directeur général des Services-conseils transactionnels de BDO. « Ce n'est pas étonnant compte tenu du dynamisme que peut avoir le système bancaire américain, mais il faut en être conscient. »
Sunil Sharma a agi à titre de comodérateur de la table ronde avec Adam Mallon et Jamie Windle de BDO. Adam Mallon est associé et directeur général des Services-conseils transactionnels et Jamie Windle est associé et chef du groupe national des Services en capital-investissement.
Propriétaires et locataires
Les propriétaires n'ont pas accordé un aussi grand soutien que les institutions financières. Certains ont reporté et ajusté les paiements de loyer alors que d'autres ont insisté pour que les sociétés respectent leurs contrats.
« Une minorité de propriétaires sont exigeants et nous poussent à respecter les échéances, a mentionné un participant. La majorité d'entre eux ont toutefois fait preuve d'une certaine souplesse en permettant des reports de paiements d'au moins 90 jours. »
La latitude pourrait varier selon le type de propriétaire et de locataire. Les propriétaires d'immeubles spécialisés offrent moins de marge de manœuvre aux locataires que les grands joueurs. La demande pourrait contraindre les propriétaires à être encore plus compréhensifs au cours des mois à venir.
« Je me demande si les propriétaires seront plus flexibles à mesure que la situation évoluera, a affirmé Adam Mallon, établi à Edmonton. En 2014 et 2015, en Alberta, les propriétaires ont dû offrir des exemptions de loyer de crainte de ne pas trouver d'autres locataires. Je crois aussi que si les banques resserrent leurs politiques et que les entreprises commencent à éprouver des difficultés, les options des propriétaires seront plus limitées. »
Perspectives pour les sociétés de capital-investissement
Les participants à la table ronde ont été unanimes : les sociétés de capital-investissement peuvent s'attendre à une grande instabilité au cours des 12 à 18 prochains mois. Les transactions réalisées avant la crise du coronavirus pourraient devoir être ajustées, tant en matière de prix que de structure.
L'incertitude pourrait également ralentir le rythme des transactions si les équipes de direction hésitent à garantir la performance financière.
« Je crois que la crise transformera le processus de vente dans le cadre des fusions et acquisitions. Il sera dorénavant difficile d'utiliser des appels d'offres assortis de dates d'échéance pour lesquels tous les acheteurs doivent s'empresser de soumissionner si le nombre de participants est limité et la visibilité faible », a estimé Cody Church de Clear North Capital.
Il n'y a toujours pas de pénurie de capitaux disponibles, car les sociétés de capital-investissement au Canada ont récemment conclu des transactions ou trouvent du financement. Comme le coût associé à l'obtention de capitaux demeure faible, une hausse du nombre de transactions est à prévoir. La crise de la COVID-19 pourrait en fait donner lieu à des transactions, car le ralentissement pourrait pousser certains propriétaires d'entreprises en difficulté à vendre et des propriétaires plus âgés à devancer leur retraite.
De plus, selon la structure de leurs fonds, certaines sociétés de capital-investissement au Canada et aux États-Unis doivent trouver des occasions de placement et conclure des transactions. Si elles n'investissent pas leurs fonds selon un horizon de placement donné, elles rateront ces occasions et devront retourner les fonds aux investisseurs. Les possibilités sont de plus en plus limitées et elles pourraient devoir courir plus de risques qu'à l'habitude.
Que les sociétés de capital-investissement cherchent à réaliser des investissements ou à conseiller leurs sociétés de portefeuille, elles devront demeurer à l'affût des occasions et se préparer à protéger ce qu'elles ont bâti.