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Le Canada : un marché attrayant pour les fonds américains

Mis à jour le : 24 septembre 2019

Il est permis aux fonds de capital-investissement américains de croire que leur succès a engendré une rareté des occasions d'investissement aux États-Unis, eux qui peinent aujourd'hui à déployer leurs vastes réserves de capital dans un contexte de concurrence féroce.

Pendant ce temps, au nord de la frontière, le marché canadien regorge d'occasions. Comparativement au marché américain ultra-concurrentiel, celui du Canada est en effet beaucoup moins mature. Il suffit de regarder les chiffres : selon les données de Capital IQ, 536 fonds américains ont conclu 932 opérations de moins de 150 millions de dollars au cours de la période de douze mois se terminant le 31 août 2019. Au Canada, 64 fonds ont réalisé 98 opérations, ce qui donne un aperçu des activités en capital-investissement dans le secteur intermédiaire.

Mais avant de déplacer des capitaux au Canada, prenez en compte les cinq éléments suivants pour guider votre entrée sur le marché.

Les secteurs secondaire et de la fabrication présentent des occasions intéressantes pour les investisseurs en capital-investissement américains. Un cinquième des opérations (21 %) a été conclu dans ces secteurs pendant la première moitié de 2019.

Le gouvernement du Canada a des objectifs ambitieux pour ces secteurs. D'ici 2030, il vise à augmenter les ventes dans le secteur de la fabrication de 50 %, ce qui les chiffrerait à 1 billion de dollars, et les exportations de 50 % également, ce qui les ferait passer à 540 milliards de dollars. L'atteinte de ces objectifs dépend en partie de la modernisation des usines et du passage à l'industrie 4.0 par la direction et les propriétaires d'entreprise.

Le gouvernement a pris des mesures pour concrétiser ces objectifs. Il a notamment réduit le taux d'imposition des entreprises de tous les secteurs qui investissent en technologie, en particulier celui des entreprises de fabrication. En vertu de ces règles adoptées en juin 2019, les entreprises peuvent amortir le coût intégral de la machinerie et de l'équipement utilisés dans la fabrication et la transformation de marchandises la première année. Elles peuvent aussi amortir celui de certains équipements d'énergie propre.

Du fait de cette nouvelle réduction, le taux effectif marginal d'imposition du Canada sur les nouveaux investissements des entreprises (13,8 %) est le plus faible du G7 et considérablement plus bas que celui des États-Unis (18,7 %). Le Canada se donne ainsi les moyens de concurrencer les mesures introduites par la réforme fiscale américaine.

Le leadership du Canada en matière d'intelligence artificielle (IA) n'est plus un secret, et les acteurs du secteur américain du capital-investissement sont prêts à en tirer parti.

L'acteur le plus en vue du milieu de l'IA au Canada est sans doute le pionnier du secteur Geoffrey Hinton, de l'Université de Toronto et de Google. Or, le savoir-faire en IA ne se limite pas au corridor technologique Toronto-Waterloo.

Par exemple, le Québec participe activement à l'une des cinq grappes d'innovation financées par le gouvernement fédéral : la grappe des chaînes d'approvisionnement axées sur l'IA. Celle-ci vise à aider les petites et moyennes entreprises de différents secteurs à prendre de l'expansion au moyen de l'IA en favorisant la mise en place de chaînes d'approvisionnement intelligentes. Son évolution repose en grande partie sur le travail du professeur Yoshua Bengio, qui assoit la réputation du pays en apprentissage profond à l'Université de Montréal et à l'Institut québécois d'intelligence artificielle.

Le secteur américain du capital-investissement garde aussi un œil à l'ouest, plus précisément à Edmonton, où se trouve l'Alberta Machine Intelligence Institute.

Le Canada est devenu un chef de file en matière d'IA en se dotant d'une stratégie nationale liée à cette technologie en 2017, une première dans le monde.

Du point de vue du capital-investissement, la situation du Canada présente des occasions inédites. Le secteur des technologies en général y a vu son financement par capital-investissement augmenter. Ses acteurs bénéficient d'incitatifs fiscaux qui s'inscrivent dans le programme de calibre mondial du Canada en recherche scientifique et en développement expérimental ainsi que du soutien du Fonds stratégique pour l'innovation.

Toutefois, les entreprises de technologie, y compris les entreprises d'IA, ont parfois de la difficulté à obtenir du financement à grande échelle. C'est ici que peuvent entrer en jeu les fonds américains de capital-investissement.

Pour clore le sempiternel débat entre sociétés fermées et ouvertes, examinons le contexte canadien des dix dernières années.

En 2018, le nombre de premiers appels publics à l'épargne sur la Toronto Stock Exchange a décliné de 11 % comparativement à l'exercice précédent. En 2016, on avait déjà constaté une diminution de 17 % du nombre de sociétés ouvertes au Canada par rapport à 2007.

Les propriétaires d'entreprises sont plus réticents à faire face à la complexité d'un premier appel public à l'épargne et à la perte de contrôle qui s'ensuit. La conformité n'est par ailleurs pas donnée pour les sociétés ouvertes : de plus en plus d'investisseurs mécontents ont intenté des recours collectifs au cours des dernières années.

Ces propriétaires peuvent aussi ne plus avoir autant besoin de l'argent des épargnants pour financer leur expansion. Ils ont maintenant accès à d'autres sources de financement, comme du capital-investissement et du capital de risque. Si celles-ci font pâle figure en comparaison des sommes ainsi investies aux États, elles sont tout de même en croissance.

Les fonds de capital-investissement canadiens continuent en outre de fermer le capital de sociétés ouvertes. En 2018, les douze opérations de transformation en société privée recensées totalisaient 16,5 milliards de dollars, selon les données de Capital IQ. Dans le cadre d'une opération qui a fait la manchette en 2019, Onex Corp. a acheté la société cotée en bourse WestJet Airlines pour 5 milliards de dollars.

Rumeurs de récession mondiale, protectionnisme américain, guerres commerciales… Aucun investisseur en capital-investissement ne peut se permettre d'ignorer ces facteurs économiques. Le contexte économique canadien aura toujours de l'importance, comme celui de n'importe quelle autre destination d'investissement, mais jusqu'à quel point? Dans la plupart des cas, il s'agit d'un facteur négligeable.

La priorité des investisseurs qui entrent sur le marché canadien n'est généralement pas de diversifier leurs investissements ou de gérer des risques. Ils souhaitent plutôt étendre leur présence sur de nouveaux territoires et trouver de nouvelles occasions. La plupart des opérations des secteurs des services aux entreprises, de la fabrication, de la distribution ou autres sont peu influencées par les tendances passagères des marchés.

Le Canada a plusieurs secteurs touchés par le cycle économique, notamment les secteurs de référence que sont ceux du pétrole, du gaz et des ressources naturelles. Les investisseurs en immobilier seront aussi plus vulnérables aux cycles économiques indépendants. Or, les activités dans le secteur du pétrole et du gaz ont ralenti depuis quelques années. Dans les secteurs des ressources naturelles et de l'immobilier, les investisseurs sont encore actifs, mais le nombre d'opérations y est beaucoup moins important que dans celui du robuste marché intermédiaire canadien.

En chiffres, la croissance du produit intérieur brut du Canada est passée de 3 % en 2017 à 1,8 % en 2018, et elle devrait être de 1,3 % en 2019, puis de 1,5 % en 2020.

En entrant sur le marché canadien, les fonds de capital-investissement américains auraient avantage à envisager les fusions comme stratégie.

L'occasion est belle. En raison de l'étendue géographique du Canada, de nombreux secteurs sont grandement fragmentés. De plus, comme les propriétaires d'entreprises y sont généralement plus frileux que leurs homologues américains, moins d'entreprises étendent leurs activités à l'échelle du pays. Surtout, le marché canadien offre moins de capitaux institutionnels que celui des États-Unis.

Par conséquent, les investisseurs en capital-investissement qui franchissent la frontière font face à moins de concurrence et bénéficient d'évaluations plus basses. Ils peuvent également prendre rapidement des mesures pour accroître la valeur des entreprises, comme moderniser les systèmes ou embaucher de nouveaux directeurs.

Qu'ils choisissent une stratégie de fusion ou d'acquisition-développement, les investisseurs américains en capital-investissement ne seront pas trop dépaysés en pénétrant le marché canadien. En effet, les deux pays ont une culture semblable, partagent une frontière et, dans la plupart des régions, parlent la même langue. Ils peuvent ainsi utiliser au Canada les techniques acquises aux États-Unis.

Les investisseurs qui pénètrent le marché canadien devront quand même se renseigner sur celui-ci, car la réglementation n'est pas la même et les cultures commerciales ne sont pas identiques. Cela dit, ces marchés ont plus de points en commun que de différences, en particulier si on les compare avec les marchés étrangers. Si les investisseurs américains effectuent leur contrôle diligent et agissent de façon stratégique, ils pourraient investir efficacement leurs capitaux inutilisés.

Pour en savoir plus sur les occasions en capital-investissement au Canada, communiquez avec l'un de nos professionnels en la matière dès maintenant.