skip to content

Nouvelles occasions : utiliser l’AECG pour stimuler le commerce entre le Canada et l’UE

Play Nouvelles occasions : utiliser l’AECG pour stimuler le commerce entre le Canada et l’UE

Guido Calderaro 

L'AECG va au-delà du simple accord commercial, il s'agit d'un cadre stratégique qui ouvre des horizons et va au-delà de la simple réduction des tarifs. En se projetant dans l'avenir, en plus des opportunités offertes aux entreprises canadiennes au sein de l'Union européenne, et en Italie plus particulièrement, il convient de souligner l'innovation sectorielle ciblée, l'harmonisation des normes et le positionnement stratégique au sein des chaînes d'approvisionnement intelligentes. 

Charmaine Goddeeris:

Bonjour à nouveau, et bienvenue au podcast fiscal transfrontalier de BDO, à travers lequel nous épluchons les dernières nouvelles en matière de commerce international et de politique fiscale pour les entreprises et les conseillers. Ici, Charmaine Goddeeris, directrice des Services liés aux douanes et au commerce international, ici chez BDO Canada. Aujourd'hui, nous disséquerons l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, ou AECG, soit un autre acronyme que nous devons tous intégrer dans notre vocabulaire. L'AECG a été une pierre angulaire de la politique commerciale du Canada depuis sa mise en œuvre provisoire en 2017. L'une des caractéristiques les plus marquantes de l'AECG est l'élimination des tarifs à plus de 98% des marchandises admissibles échangées entre le Canada et l'Union européenne. Cela a créé des avantages de coût significatifs, non seulement pour les exportateurs canadiens qui s'adressent au marché de l'UE, mais également pour les importateurs canadiens qui s'approvisionnent en matières brutes et produits finis de haute qualité auprès de fournisseurs européens. Avec notre gouvernement canadien qui a mis un nouvel accent sur le renforcement des liens commerciaux avec des partenaires de confiance partageant les mêmes idées, en particulier l'Union européenne, l'importance stratégique de l'AECG devient plus pertinente que jamais. Carol Lynch, partenaire chez BDO Irlande, et Guido Calderaro ici présents, Guido, vous pouvez me corriger si j'ai écorché votre nom. Il semble que oui... Guido est le chef des douanes et accises, BDO Italie. Ensemble, nous allons analyser les pratiques de travail, identifier les lacunes et explorer comment les entreprises des deux côtés de l'Atlantique peuvent mieux tirer parti de l'AECG afin de réduire les coûts, de simplifier les procédures douanières et accroître leurs parts de marché. Carol, Guido, bienvenue à vous deux et merci d'être parmi nous aujourd'hui.

Carol Lynch:

J'ai hâte de commencer.

Guido Calderaro:

Merci, et merci pour l'invitation. La prononciation exacte est Cal-de-raro.

Charmaine Goddeeris:

Caldelero, oh, mais vous voyez bien que je suis incapable de rouler ma langue.

Guido Calderaro:

C'est dur, je sais bien. Ne vous en faites pas, il n'y a aucun problème.

Charmaine Goddeeris:

D'accord, commençons par dresser la table. Carol, nous sommes rendus presque à la huitième année dans l'application provisoire de l'AECG. Alors, comment évalueriez-vous la performance de l'AECG du point de vue de l'Union européenne ? Assistons-nous à un véritable alignement fonctionnel entre l'U.E. et le Canada, ou les entreprises doivent encore faire face à des obstacles dans sa mise en œuvre ?

Carol Lynch:

Cela dépend du pays de l'U.E. dont il est question. Très franchement, la mise en œuvre a été très fluide. C'est un accord assez facile à gérer, et je peux dire que 98% des produits sont exempts de droits de douane, ce qui le rend hyper simple à appliquer. J'ai consulté le commerce de biens entre le Canada et l'U.E. avant cet appel, et ils ont augmenté considérablement. Nous avons environ 72% d'augmentation du commerce de biens et services entre 2016 et 2024, ce qui est un exploit inédit. Et l'U.E. est également en tant que bloc, le deuxième plus grand partenaire commercial du Canada. Ainsi, des liens très forts unissent le Canada et l'Europe. Je crois que l'on a atteint environ 72 milliards de commerce en biens, l'année dernière. C'est donc un peu comme si ça avançait et fonctionnait rondement, mais sans faire trop de bruit. Je sais qu'en Irlande, nous avons eu une réunion avec l'équipe commerciale la semaine dernière, et il y a un lien puissant qui unit le Canada et l'Irlande, et l'accord, comme je l'ai dit, fonctionne à merveille. Nous avons constaté une augmentation des entreprises canadiennes, par exemple, en Irlande, nous pouvons parler du double, passant grosso modo de 30 à 70. Eh bien, il ne s'agit pas que de, mais de 30 à 70 au cours des dernières années. Donc, il me semble que les liens commerciaux vont bon train, que les choses se passent bien et progressent de manière importante.

Charmaine Goddeeris:

Bien, je suis ravie d'entendre ça, et je crois que vous avez bien raison. Ça augmente, mais de manière discrète, n'est-ce pas ? En Amérique du Nord, il y a un battage médiatique en permanence au sujet de l'ACEUM ou l'accord Canada Mexique USA et\ou de l'AEUMC, mais pas autant de l'AECG, par contre, comme vous l'avez évoqué, ça progresse et ça c'est une bonne chose. C'est une bonne chose pour nous d'avoir accès à ce marché, et c'est super de voir aller une augmentation des entreprises européennes au Canada qui l'utilisent, ou qui s'installent au Canada, et qui utilisent ensuite l'accord AECG pour réduire les coûts. Guido, de votre point de vue en Italie, à quel point l'AECG est-il visible au niveau opérationnel? Les entreprises l'exploitent-elles activement ou y a-t-il encore un manque de sensibilisation ou d'engagement concernant ses avantages ?

Guido Calderaro:

Eh bien, du point de vue de l'Italie, l'AECG n'est pas très visible au niveau opérationnel. Bien que certaines grandes sociétés et entreprises sportives exploitent activement l'accord, notamment dans des secteurs tels que l'agroalimentaire, la machinerie et la mode, il y a encore un manque significatif de sensibilisation parmi les entreprises de taille moyenne. De nombreuses entreprises soit ne comprennent pas pleinement les avantages de l'AECG tels que la réduction des tarifs, la simplification des procédures douanières, ou l'accès facilité au marché canadien, ou trouvent le processus de navigation à travers les accords commerciaux internationaux trop complexe et sans soutien dirigé. En bref, le potentiel est là, mais plus de recherche, de formation et de soutien pratique sont nécessaires pour aider les entreprises italiennes, en particulier les petites et moyennes entreprises, à profiter pleinement de ce que l'AECG offre. Je dois également dire que contrairement aux entreprises d'autres pays, nous ne recevons pas beaucoup de demandes de la part d'entreprises canadiennes qui cherchent à percer le marché italien.

Charmaine Goddeeris:

Eh bien, c'est intéressant parce que je pense vraiment qu'il y a un besoin de plus de bonnes chaussures italiennes au Canada. Je tiens à le dire. Je les achèterai.

Carol Lynch:

Nous le ferons tous.

Charmaine Goddeeris:

Exactement. Oh oui, oui, envoyez-les aussi en Irlande. D'accord, Carol, cela nous amène à la perspective commerciale, et ce que cela signifie concrètement pour les entreprises canadiennes qui veulent des débouchés commerciaux en Europe. Un jour, une femme très brillante m'a confié alors que nous nous sommes rencontrées à Dublin en juin, que l'Irlande constituait la porte d'entrée pour faire des affaires au sein de l'U.E. Je ne suis pas sûre de savoir qui était cette femme très intelligente ! Je pense qu'elle est à l'autre bout de la ligne mais qu'est-ce que cela signifie en termes pratiques et pourquoi les entreprises canadiennes devraient-elles considérer l'Irlande comme un tremplin pour accéder à l'ensemble du marché européen ?

Carol Lynch:

Oui, en effet, une observation très très brillante. Pas du tout L'Irlande s'est carrément placée en avant, comme la porte d'entrée vers l'Europe. Ainsi, énormément d'entreprises envisageraient de s'implanter en Irlande mais en fait, qu'en est-il du marché irlandais ? L'Irlande est un petit pays, donc le marché n'est pas significatif. Par contre, la manière dont nous nous présentons et où nous nous trouvons, surtout après le Brexit avec le Royaume-Uni qui a quitté l'U.E., nous sommes essentiellement la porte d'entrée pour accéder au marché européen. Et le marché européen, comme nous le savons, est l'un des plus grands marchés du monde. Je crois donc qu'une enquête récente a indiqué que l'Irlande est probablement l'une des trois principales destinations pour les entreprises cherchant à accéder au marché européen et plus particulièrement en relation avec le Canada. Je pense que nous sommes liés, d'abord parce que votre nouveau premier ministre qui a de bonnes racines irlandaises y contribue et que la langue anglaise nous unit et que les règles sont à peu près les mêmes. La façon de conduire des affaires est très semblable. L'accès aux bénéfices ainsi qu'aux instances gouvernementales est simplifié et nous offrons un cadre hyper convivial pour conduire vos affaires. Donc, les entreprises trouvent généralement une grande facilité à s'installer ici, de fabriquer, et ensuite de vendre sur l'ensemble du marché européen. Ainsi, vous n'avez pas seulement accès à un seul pays, mais tous les états membres. Et en même temps, c'est un tremplin hyper accessible pour viser le marché britannique car avec la limite commerciale entre l'U.E. et le Royaume-Uni, il y a un accès en franchise de droits au marché britannique une fois que vous êtes qualifié comme originaire d'Europe, de la même manière que l'AECG permet un accès en franchise de droits pour les marchandises qualifiées comme originaires du Canada. Vous pouvez ainsi mélanger ces deux accords pour accéder à la fois au marché du Royaume-Uni et de l'UE. Je crois que ceci explique, sans aucun doute, la forte croissance des entreprises canadiennes qui s'établissent ici, et qui leur offre cet accès élargi à ce marché plus grand, et d'une certaine manière, il est très facile de faire des affaires, et le décalage horaire n'est pas énorme. Il me semble que c'est cinq à six heures de différence. Et c'est aussi facile de tant de liaisons directes entre l'Irlande et le Canada. Encore une fois, c'est tout simplement facile.

Charmaine Goddeeris:

Cela me paraît très logique de vouloir vous lancer sur le marché européen et de commencer par l'Irlande alors que, comme vous l'avez évoqué nous avons beaucoup de similitudes. Alors, laissez-vous charmer par l'Irlande, et ensuite explorez à partir de là. Je crois également que beaucoup de banques canadiennes ont aussi, non pas seulement des bases solides mais elles sont solides là-bas en Irlande aussi. Donc, si vous faites affaire avec une banque au Canada, c'est facile d'utiliser cette banque en Irlande également.

Carol Lynch:

Oui. J'ai vérifié ceci avant notre conversation téléphonique nous avons huit des dix plus grandes entreprises canadiennes sont présentes en Irlande, et quatre des six plus grandes banques canadiennes, donc ce serait très facile de mettre en place votre réseau. Oui.

Charmaine Goddeeris:

Oui, c'est tout à fait logique. Alors Guido, lorsque les entreprises canadiennes abordent l'Europe continentale, en particulier des marchés comme celui de l'Italie, quelles considérations douanières ou de chaîne d'approvisionnement devraient-elles garder en tête ? Où les voyez-vous réussir, ou de rater des étapes cruciales lorsqu'elles commencent à commercer avec l'Italie ?

Guido Calderaro:

Eh bien, lorsque les entreprises canadiennes contemplent l'Europe continentale, en particulier des marchés complexes tels que l'Italie, elles doivent prêter une attention particulière à plusieurs considérations douanières et de chaîne d'approvisionnement. Tout d'abord, même si l'AECG simplifie de nombreuses procédures, il est toujours nécessaire d'avoir une certaine documentation et de se conformer à la réglementation de l'U.E., notamment en ce qui concerne l'étiquetage et la certification des normes de produits. Dans des secteurs tels que l'alimentation, les cosmétiques et les produits pharmaceutiques, les règles italiennes et de l'U.E. peuvent être extrêmement pointues. L'Union européenne est souvent perçue comme un système hautement bureaucratique avec une réglementation complexe que les instances doivent suivre méticuleusement. L'Italie, en particulier, se distingue par le fait d'avoir l'un des cadres réglementaires les plus stricts. Les contrôles douaniers sont extrêmement rigoureux, et les pénalités pour non-conformité peuvent être onéreuses. Dans ce contexte, une compréhension approfondie de la règle est essentielle afin d'assurer la fluidité des mouvements de marchandises et éviter tout retard ou engorgement. Juste une petite précision, l'Italie est encore en train de ratifier l'AECG. Cet accord constitue un changement radical car il simplifie les procédures douanières, réduit les barrières tarifaires, et encourage la transparence réglementaire. Un des points importants que les exportateurs canadiens doivent considérer est que s'ils veulent importer en Europe selon l'Incoterm DDP, i.e. l'exportateur est tenu d'assumer tous les frais de livraison, ils ne peuvent pas déposer directement la déclaration en douane en leur nom, mais ils doivent nommer un représentant en douane indirect. Seule l'U.E. établit une personne directement connectée. Et il n'est pas facile de trouver un opérateur qui est prêt à prendre le risque d'opérer au nom d'entités étrangères, et d'assurer la conformité de produits importants. L'AECG a ouvert de nouvelles opportunités, mais il est essentiel de reconnaître que l'expertise en réglementation constitue un atout concurrentiel. Pour les entreprises canadiennes, connaître la règle ne concerne pas seulement la conformité. Il faut également faire preuve de stratégie pour réussir sur des marchés exigeants, comme celui de l'Italie. En bref, le succès repose sur la préparation, le partenariat local, le conseiller, et une compréhension claire du cadre réglementaire de l'U.E. et de l'Italie.

Charmaine Goddeeris:

Je sais Guido, que la petite quantité, pas la petite quantité de commerce, mais le commerce existant que le Canada entreprend avec l'Italie d'après ce que je vois, concerne surtout les vêtements, les chaussures et il y a plein d'autres, mais j'ai énormément de clients dans le domaine des vêtements et des chaussures, et l'AECG a constitué un changement radical. Donc vers le Canada, en gros les vêtements et les souliers ont certains des taux de droits les plus élevés. C'est du 18% pour la plupart d'entre eux. Et quand les entreprises peuvent utiliser l'AECG, et qu'elles peuvent respecter les règles d'origine sous l'AECG, ces marchandises entrent au Canada à 0%. Donc, de zéro contre 18%, c'est très certainement un gros plus pour ce genre d'entreprises pour faire plus d'affaires avec le Canada. J'espère que nous enverrons bientôt de jolis vêtements canadiens de votre côté . Vous êtes toujours sur la sellette, Guido. Alors, à quoi les entreprises devraient-elles penser en termes de conformité, de planification, et de gestion des risques dans le cadre de l'AECG, notamment en ce qui concerne la documentation d'origine et le processus d'auto-certification ? Pourriez-vous nous en parler un peu ?

Guido Calderaro:

Oui, avec l'AECG, les entreprises peuvent profiter de tarifs réduits et d'un accès plus facile au marché, comme vous l'avez dit, mais elles doivent aussi s'assurer qu'elles respectent les règles, surtout en ce qui concerne la région préférentielle, ou les produits de type original, et le processus de certification. L'un des principaux avantages de l'AECG est que les exportateurs peuvent auto-certifier l'origine préférentielle des marchandises directement sur la facture commerciale, sans avoir besoin d'une approbation préalable pour les commandes des clients ni de soumettre une documentation supplémentaire. Cela signifie un accès plus rapide aux avantages tarifaires, ce qui représente un avantage concurrentiel concret. Cependant, une telle flexibilité impose une responsabilité claire aux entreprises leur imposant de mettre en place un système de conformité interne solide. Cela signifie également tenir un registre méticuleux sur l'approvisionnement, les processus de production, et la valeur ajoutée à chaque étape de la fabrication. D'un point de vue de la planification, les entreprises doivent intégrer des vérifications de conformité dans la chaîne d'approvisionnement et le flux de documentation qui incluent la formation du personnel, l'audit des fournisseurs, et le maintien de la traçabilité en cas d'inspection ou d'audit par les autorités douanières canadiennes ou de l'UE. En termes de gestion des risques, la plus grande erreur que les entreprises peuvent commettre est d'imaginer que l'auto-certification est un processus simple et léger. Si l'autorité douanière trouve une erreur de fausse déclaration, cela peut entraîner une pénalité, un retard d'expédition, ou même l'annulation des avantages de l'AECG pour cette entreprise. Donc, la leçon à retenir est que l'AECG offre de réels avantages, mais ceux-ci viennent avec des responsabilités. Les entreprises astucieuses considèrent la conformité non pas comme une formalité, mais comme une fonction stratégique, intégrée dans la planification des exportations d'aujourd'hui. Il est important de se rappeler que le mécanisme d'ajustement aux frontières entre l'UE et le Canada est déjà opérationnel. Cela nécessite un suivi jusqu'en décembre et le paiement de l'AECG intégré dans les biens importés à partir de l'année prochaine.

Charmaine Goddeeris:

Merci. Carol, selon vous, qu'est-ce qui empêche généralement les entreprises d'avoir recours à l'AECG, même lorsqu'elles sont éligibles ? Est-ce la complexité, est-ce un manque de sensibilisation, ou est-ce une hésitation face à l'inévitable audit ou vérification douanière ?

Carol Lynch:

Je pense, comme l'a dit Guido, c'est la complexité de gérer le processus d'origine. Il faut effectivement passer par de nombreuses procédures administratives et de conformité, et mettre en place un contrôle rigoureux. Et afin de se qualifier au moment de l'importation, il est bien sûr nécessaire de disposer de ce dossier justificatif. J'imagine qu'il y a également de plus en plus d'audits qui ont lieu, surtout dans le domaine de l'origine, au fur et à mesure que nous voyons les accords commerciaux se tisser au fil des ans. Donc, si vous regardez, comme l'a dit Guido, si vous examinez la vérification du statut d'origine, je pense que vous regardez des entreprises vraisemblablement réparties en deux catégories. L'une concerne les produits à très faible taux de tarif. Il s'agit là des biens industriels. Ainsi, nous avons des taux de droits très bas, et vous devez alors faire la preuve, est-ce que l'entretien et la gestion valent l'économie dans ce cas ? Si vous vous situez genre, de zéro à 3%, vous y repenserez sans aucun doute. Et puis vous avez l'autre côté de l'équation vous avez la nourriture, le commerce de détail et les vêtements où, les 12 à 18% là où ça vaut absolument la peine. Là vous regardez tout ça et vous vous dites, bon je suis dans ce groupe X. Et disons, la fabrication alimentaire, eh bien c'est sans doute la plus facile à gérer parce que vous pourriez avoir beaucoup de produits cultivés organiquement plus facile à gérer sur la chaîne d'approvisionnement. Peut-être pas trop pour le fabricant, mais si vous êtes dans le commerce de détail, vous avez probablement une quantité significative de matières premières provenant du monde entier. Vous devez donc gérer tout cela, et construire des matériaux, et avoir vraiment de bons systèmes en place. Et ensuite, vous devez déterminer quels sont, à un niveau très structuré, quel est le code tarifaire de mon produit fini ? Regardez l'accord et déterminez ensuite, en fonction de ce code tarifaire, quelle est la règle d'origine pour cette rubrique. Assurez-vous de faire plus qu'un simple recueil de données pour vous qualifier. Appliquez également la règle d'origine à travers votre nomenclature pour vous assurer qu'il s'agit d'une valeur ajoutée de 60 %. Est-ce un changement de tarif ? Est-ce un type différent de traitement substantiel ? Il y a quand même beaucoup de gestion. Ce n'est pas vraiment si difficile à gérer une fois que vous êtes opérationnel. La difficulté se situe toujours au début. Il faut donc mettre en place les procédures, et s'assurer qu'elles sont exactes. Que se passe-t-il lorsqu'un un nouveau produit s'ajoute à votre liste ? Comment le signalez-vous ? Qu'est-ce que cela change dans les valeurs du coût et du prix de vente ? Comment évaluez-vous cela ? Vous devez carrément aller dans les détails. Et très franchement, il vous faudra un expert à l'interne qui soit attitré à la conformité commerciale, soit vous devrez faire appel à des conseillers. Parce que vous ne voulez pas vous retrouver dans une situation où vous avez un audit à un moment futur et que l'audit remonte à trois ans, et ensuite la responsabilité douanière que vous avez ne peut pas être transférée. Ce serait donc l'analyse que j'en fais concernant le pourquoi les personnes concernées trouvent ça difficile à mettre en place et trop anxiogène.

Charmaine Goddeeris:

Oui, je sais qu'au Canada, les audits, nous appelons ça vérifications, mais il s'agit bien d'un audit, sont en augmentation. Donc chaque fois que je parle à l'un de nos importateurs ou exportateurs canadiens, parce que les douanes américaines font la même chose, vous devez être prêt pour un audit en ce moment. Chacun de nos pays, le Canada reste à l'affût de rentrées d'argent et où peuvent-ils obtenir des gains ? Ils les obtiennent des contribuables, et un importateur est considéré comme un contribuable, n'est-ce pas ? Un droit est, au bout du compte, une taxe. Ils vont donc repasser là-dessus et quand nous parlons de certaines industries ou de certains produits qui ont un droit de 18%, les douanes canadiennes sont très intéressées par le fait que vous soyez légitimement, en train de revendiquer une entrée préférentielle ou en franchise de droits dans le pays. Je crois que quiconque déplace des marchandises à travers la planète et utilise actuellement tout type d'accord de libre-échange doit être prêt pour subir un audit. Vous devez vous y préparer. Même si vous avez réussi votre propre qualification, et comme vous l'avez évoqué Carol, vous devez également compter sur un tiers. Et j'ai quelques clients ici, je sais que c'est un grand sujet de conversation en parlant des États-Unis, et leurs clients américains disent, c'est génial, merci pour ce certificat, mais nous voulons que vous alliez le faire valider et vérifier par un tiers, que ce soit un avocat spécialisé en commerce, des consultants, comme nous. Donc je pense que nous allons voir l'importance de cette préparation à l'audit augmenter dans un avenir proche et à l'avenir. D'accord, Guido, l'AECG est souvent considéré comme un accord commercial, mais c'est aussi un outil stratégique. En regardant vers l'avenir, où voyez-vous les plus grandes opportunités inexploitées pour les entreprises canadiennes sur le marché de l'UE ? Que ce soit dans la coopération réglementaire sectorielle, genre les stratégies de chaîne d'approvisionnement, dans quel secteur les entreprises devraient-elles s'engager?

Guido Calderaro:

Eh bien, le AECG est plus qu'un simple accord commercial. C'est un cadre stratégique qui ouvre des horizons au-delà de la réduction tarifaire. En regardant vers l'avenir, certaines des plus grandes opportunités inexploitées pour les entreprises canadiennes dans l'U.E., et en Italie en particulier, résident dans des secteurs tels que l'innovation sectorielle, l'alignement réglementaire U.E/Canada, et la localisation intelligente de la chaîne d'approvisionnement. Au niveau structurel, il y a un énorme potentiel dans la technologie utilisée dans la chaîne d'approvisionnement, les services numériques, et l'agriculture durable. Le Pacte vert pour l'Europe, qui vise la neutralité carbone, s'aligne particulièrement bien avec les atouts du Canada au niveau des énergies renouvelables, des technologies environnementales et l'innovation à faible émission de carbone. Les entreprises canadiennes qui peuvent offrir des solutions évolutives et durables, notamment dans des domaines comme la gestion de l'eau, l'économie, ou la construction écologique trouveront des partenaires enthousiastes en Europe. Du côté réglementaire, l'AECG favorise une coopération et un dialogue plus fouillés. Les entreprises qui comprennent et s'engagent dans ce processus notamment dans des domaines tels que la gouvernance des données, l'IA et la biotechnologie, peuvent aider à façonner les normes de demain. Cela leur offre une longueur d'avance dans un marché hyper compétitif. En termes de stratégie de la chaîne d'approvisionnement, la relocalisation et la diversification constituent des priorités absolues pour de nombreuses entreprises européennes, surtout après les récentes perturbations planétaires. Les entreprises canadiennes qui se positionnent comme fiables, avec un partenariat basé sur l'état de droit, offrant à la fois qualité et résilience, pourront combler des lacunes majeures dans les chaînes de valeur européennes. En Italie, les secteurs qui sont intéressants à considérer sont l'agriculture, et les aliments transformés, l'automobile, la technologie propre, les technologies de l'information et de la communication. Sachez également que le Plan national de relance et de résilience, PNRR, est toujours en vigueur en Italie. Il fait partie du programme de la prochaine génération de l'U.E., avec un montant de 750 millions d'euros, dont une partie consiste en subventions convenues par l'Union Européenne en réponse à la crise sanitaire. Les États-Unis ont démontré qu'ils ne sont toujours pas un partenaire fiable, donc les entreprises canadiennes devraient envisager l'Europe comme un positionnement stratégique, pas seulement un marché d'exportation. Construire des partenariats à long terme, innover dans un cadre réglementaire partagé et allégé, alors que vos priorités et les capacités canadiennes sont en symbiose. À long terme, c'est ce que je définirai comme profitable.

Charmaine Goddeeris:

Alors Carol, que devraient surveiller les chefs d'entreprise dans les années à venir au fur et à mesure que le AECG évolue ?

Carol Lynch:

Eh bien, je dirais la même chose que Guido. Je pense que ce que nous voyons s'opérer sur la planète en ce moment, est crucial, soit dans la manière dont le monde et le commerce mondial fonctionnent. Donc, passer d'un environnement de libre-échange, dans une large mesure, des chaînes d'approvisionnement mondiales, des chaînes de valeur mondiales, à un monde beaucoup plus fragmenté où vous allez avoir des entreprises qui établissent des usines de prod et des ventes régionales qui vous permettent peut-être de vendre sur le marché américain ou alors en Irlande pour vendre sur le marché européen ou plus proche. Je crois que ces liens d'amitié entre les pays qui opèrent sous des accords structurés particuliers vont augmenter parce qu'ils vous donnent l'heure juste à savoir comment le commerce par le biais de l'accord européen, canadien, va fonctionner, quels seront les tarifs appliqués, ce que vous devez faire pour vous y conformer, quelles sont les règles à suivre et il s'agit d'un environnement un peu structuré comme celui auquel nous avons été habitués. Je crois que de notre point de vue, le marché américain s'éloigne des règles de l'Organisation mondiale du commerce, dans une certaine mesure, nous allons voir que les entreprises canadiennes chercheront à se déplacer vers l'Europe, et je pense que nous l'avons vu récemment avec un certain nombre de missions commerciales qui se sont établies entre le Canada et l'Europe. Et de même, d'un point de vue irlandais, où nous rencontrons des difficultés pour vendre des marchandises aux États-Unis, par exemple, peut-être dans des domaines tels que les boissons alcoolisées alors qu'il y a maintenant une taxe de 15 %. Je dis aux entreprises de se tourner vers le marché canadien, où il y a un certain chambardement, nous l'avons vu, aux nouvelles, mais qu'il y a une ouverture pour diversifier et étendre votre modèle commercial. Alors que vous auriez pu tout simplement entrer, par exemple, sur le marché américain qui aurait été érigé au préalable, mais là vous devez regarder ailleurs. Envisager le Canada depuis l'Europe et l'Irlande nous paraît très plausible et accessible. Je crois donc que nous allons assister et ce que je vois en ce moment même, c'est des chefs d'entreprise et des conseils d'administration qui devront se classifier à nouveau dans le nouvel environnement et restructurer leurs ventes, et regarder stratégiquement vers l'avenir, en se disant les choses vont changer et comment allons-nous réagir à cette nouvelle réalité ? Faudra-t-il séparer nos marchés ? Aurons-nous besoin d'avoir des marchés plus diversifiés ? Devrons-nous considérer le rapprochement ou la relocalisation, tout ce genre de choses. Nous entrons dans un monde hyper différent.

Charmaine Goddeeris:

Oui, non, je suis totalement d'accord et j'adore ce que vous venez de dire là, parce que je pense que les entreprises, toutes les entreprises, peu importe le pays dans lequel elles se trouvent, ou où elles commercent, doivent entreprendre les devoirs que vous évoquez. Vous savez, je suis en train de lire ça, « La fortune sourit aux audacieux et rester immobile est rarement le bon choix.» Et je pense que cela est très vrai en ce moment. Au Canada, nous avons ressenti une certaine incertitude, et j'ai remarqué que beaucoup d'entreprises se sont senties un peu engourdies ne sachant pas trop quoi faire. Cela nous paraissait comme un terrain inconnu. Peut-être un comme en 2017, durant le premier mandat de Trump, nous pensions que tout ceci disparaîtrait, les querelles tarifaires guerres et tergiversations également. Nous devions maintenir le cap pendant six mois, neuf mois. Eh bien, nous y arrivons, six mois, neuf mois. Et ce que nous voyons, c'est que la donne du commerce mondial a changé définitivement et les entreprises doivent commencer, si ce n'est déjà fait, à réfléchir à toutes ces choses. Parce que la richesse, je vais y accéder d'une autre façon et le succès sourit aux audacieux, n'est-ce pas ? Donc, il y a des débouchés pour ces entreprises à saisir. Il suffit de faire ce premier pas. D'accord, vous avez tous les deux soulevé des éléments considérables et redoutables. Retournons chez nous avec des conseils clairs et concrets pour nos auditeurs. Avant de conclure, je souhaiterais d'abord demander à Guido, et ensuite à Carol, quels sont les trois meilleurs conseils que vous adresseriez aux entreprises qui cherchent à maximiser les avantages de l'AECG dès maintenant ? Guido.

Guido Calderaro:

Je peux suggérer de se familiariser avec les règles d'origine et l'auto-certification. Cela signifie prendre le temps de comprendre les exigences d'origine dans le cadre de l'AECG. S'il y a plus d'une règle applicable, évaluez laquelle est la meilleure. Gardez à l'esprit la complexité de leur application. Mettez en place un système interne pour gérer correctement l'auto-certification. C'est un outil puissant, mais seulement si vous l'utilisez avec précision. Identifiez votre stratégie pour votre marché. Cela signifie comprendre la réglementation locale, les préférences des consommateurs et les nuances culturelles, surtout sur des marchés différents tels que l'Italie, la France ou l'Allemagne. Consolidez un partenariat avec un distributeur ou un conseiller local pour bien faire les choses. Enfin, allez au-delà du simple acte commercial. Concentrez-vous sur la collaboration. Utilisez l'AECG comme un pont, et pas seulement comme un liquidateur de tarifs. Explorez les opportunités dans l'innovation conjointe, la chaîne d'approvisionnement durable et la coopération réglementaire. En résumé, restez conforme, soyez localisé et soyez stratégique. C'est ainsi que l'on transforme l'AECG, d'un cadre interprété et théorique, en un véritable avantage concurrentiel.

Charmaine Goddeeris:

J'adore ça, je vais vous voler ça, Guido ! C'était génial. Carol, votre conclusion, votre dernier-

Carol Lynch:

Charmaine, je ne pense pas pouvoir faire mieux que ça. Je crois que je n'ai vraiment rien à ajouter. Il a tout dit.

Charmaine Goddeeris:

Vraiment, oui, vous avez vraiment assuré Guido. Et c'est super..

Carol Lynch:

Je crois que nous devons examiner, encore une fois, pour revenir à ce que j'ai dit, nous évoluons maintenant dans un monde différent, et il nous faut regarder vers l'avenir et se dire, si je suis une entreprise, où est-ce que je vends ? Où est-ce que j'achète ? Quels sont les coûts ? Et quelle est l'assurance de l'approvisionnement et de la vente ? Il ne s'agit plus seulement de combien coûtent les choses, mais également de l'assurance que j'aurais un accès continu à ce marché, ou à ce matériau crucial dont je pourrais avoir besoin ? Tout en tenant en ligne de compte comme Guido l'a dit, que l'AECG est un document vivant. Donc si vous envisagez d'étendre votre marché que vous envisagiez l'Europe, ou encore l'Asie, ou bien le Mexique, avec l'ACEUM, vous connaissez maintenant les avantages d'utiliser l'AECG Il ne s'agit pas tout simplement d'aller en Europe et quitter le continent, il y a un avantage à commercer en Europe. Utilisez l'accord à votre avantage, calculez ce que coûterait l'utilisation de cet accord, mais soyez également très prudent pour être conforme car cela ne sert à rien d'économiser de l'argent d'un côté pour le dépenser à nouveau dans deux ou trois ans.

Charmaine Goddeeris:

Exactement.

Carol Lynch:

Donc, je ne sais pas, oui, donc je pense que c'est comme être proactif, avoir une longueur d'avance sur la courbe, genre s'éloigner maintenant de la- nous n'avons aucune certitude concernant ce qui va se passer, à supposer que le monde devienne hyper difficile et instable à l'avenir, essayez de stabiliser votre chaîne d'approvisionnement dès maintenant. C'est donc une bonne nouvelle pour la fin de... Et j'ai effectivement remarqué hier que le Canada et l'Europe ont convenu de la reconnaissance mutuelle de nos programmes OEA. Cela est donc entré en vigueur hier dans le cadre de l'AECG. Et c'est également avantageux car si vous êtes un opérateur économique agréé européen qui exporte vers le Canada, ou un opérateur économique agréé canadien important en Europe, vous aurez un accès plus rapide au marché et serez soumis à moins de contrôles et de vérifications. Par conséquent, se tenir à jour à propos des changements réglementaires est hyper important.

Charmaine Goddeeris:

Je suis tout à fait d'accord avec vous. Bien, c'est malheureusement terminé, le temps a filé. Merci beaucoup, Carol et Guido pour vos observations et merci à tous nos auditeurs d'avoir pris le temps de nous suivre sur le podcast fiscal transfrontalier de BDO. Si vous avez aimé ce dernier numéro veuillez prendre un moment pour nous laisser une note de cinq étoiles et un avis, et n'oubliez pas de cliquer sur « suivre ou s'abonner » pour ne jamais rater nos nouveaux épisodes. Pour plus de mises à jour et de ressources, visitez bdo.ca. À bientôt, restez proactif, restez informé, et rappelez-vous, parfois le bruit n'est que du bruit et rien d'autre, en ces temps tourmentés. Merci.