Diriger des sociétés de portefeuille pendant la pandémie : Table ronde réunissant des sociétés de capital-investissement

22 juin 2020

Les sociétés de capital-investissement remarquent deux principales tendances en cette période où la pandémie de COVID-19 ralentit les activités. Tout d'abord, les fonds collaborent plus étroitement avec leurs sociétés de portefeuille pour gérer leurs activités. Ensuite, le repli économique a une incidence sur l'offre de transactions dans l'ensemble du marché.

En réalité, les entreprises ne connaissent pas toutes des difficultés. Bien que des entreprises de nombreux secteurs voient leur chiffre d'affaires diminuer de façon marquée et doivent composer avec des liquidités réduites, d'autres enregistrent plutôt un revenu en hausse ou du moins, stable. Ces sociétés, en particulier des fournisseurs de soins de santé et de solutions technologiques utilisées pour le travail à distance, doivent relever de nouveaux défis en ce qui a trait à la chaîne d'approvisionnement et à la sécurité du personnel. Leurs dirigeants, y compris leurs promoteurs de capital-investissement, doivent prendre des mesures en conséquence.

Pendant que les entreprises continuent de faire face à la crise, l'équipe des Services en capital-investissement de BDO a tenu une table ronde virtuelle à laquelle ont participé des chefs de file du secteur du capital-investissement. Les participants ont parlé des moyens qu'ils utilisent pour faire face à la crise de la COVID-19 et aider leurs sociétés de portefeuille à résister à la tempête, de même que de la façon dont les sociétés de capital-investissement s'en tireront au cours des prochains mois selon eux. Cet article cite les noms et commentaires des participants par rapport à des informations qui ne sont pas confidentielles.

Décisions difficiles en matière de ressources humaines : prendre des mesures dès maintenant ou attendre et voir ce qui se passera?

Les sociétés de capital-investissement qui ont pris part à notre table ronde se préparent à prendre des décisions difficiles pour préserver les liquidités de leurs sociétés de portefeuille pendant le ralentissement économique. La plupart d'entre elles ont déjà procédé à des mises à pied ou envisagent de le faire. Les mesures à prendre dépendront de la durée des exigences de distanciation physique et, surtout, du moment de la reprise économique et de la forme qu'elle prendra.

« Nous préférons prendre des mesures qui resteront appropriées même si cette situation devait perdurer », a affirmé un participant. « J'estime que nous avons effectué des compressions assez importantes, car nous désirons conserver des liquidités à long terme. Nous craignons que dans six mois les banques ne fassent pas preuve d'une aussi grande indulgence et que nous nous trouvions encore dans une situation difficile. Nous préférons être proactifs. »

Les sociétés de capital-investissement et leurs sociétés de portefeuille doivent trouver le juste équilibre.

D'une part, les membres des équipes de direction ont consacré leurs carrières à bâtir des entreprises rentables et viables. Ils ne veulent pas mettre à pied leurs employés estimés et déstabiliser leurs équipes performantes. D'autre part, comme l'a mentionné un autre participant, il pourrait maintenant être nécessaire de procéder à des licenciements pour préserver les liquidités des entreprises.

« Il est préférable d'avoir de la difficulté à trouver des ressources pour rebâtir l'équipe plus tard que de ne plus en avoir l'occasion parce qu'on a évité de prendre des décisions difficiles aujourd'hui. »

Rester en contact avec les sociétés de portefeuille

Les participants ont soulevé un enjeu particulier lié à la communication avec les sociétés de portefeuille : au moment où la direction a plus que jamais besoin de conseils, les échanges s'effectuent en grande partie à distance. Les sociétés de capital-investissement doivent s'adapter à une nouvelle réalité.

« Bien que nous ne puissions pas nous rendre sur place autant que nous le voudrions, a indiqué Mark MacPherson d'Argyle Capital Partners, nous sommes restés en contact avec les équipes. Auparavant, nous communiquions avec elles sur une base généralement hebdomadaire. Maintenant, nous leur parlons pratiquement chaque jour. »

Pour les sociétés de portefeuille du marché intermédiaire, il est essentiel de pouvoir compter sur les conseils de la société de capital-investissement lorsque les activités ne se déroulent pas comme à l'habitude. Souvent, les plus petites sociétés de portefeuille ne disposent pas, à l'interne, d'une expertise à l'égard de segments de marché particuliers, mais importants. Pendant la crise de la COVID-19, les sociétés de capital-investissement ont su leur offrir une expertise à l'égard de ces segments afin de leur permettre de se concentrer sur leurs activités quotidiennes. Parmi les nombreuses fonctions qu'elles assument, elles doivent demeurer informées des programmes gouvernementaux, discuter avec les consultants en ressources humaines ou collaborer avec les institutions financières.

« Les rencontres en personne revêtent une grande importance pour nous, car nous estimons que c'est la meilleure façon de développer des relations et d'aider nos équipes de direction », a fait remarquer un participant à la table ronde. « Pourtant, comme nous communiquons très souvent par téléphone et par vidéoconférence, je sens que je suis plus que jamais en contact avec mon équipe. »

Les banques se remémorent la Grande Récession et tentent de se racheter

Les institutions financières ont fait preuve de patience pendant la crise du coronavirus. Jusqu'à maintenant, elles ont démontré de la souplesse quant aux clauses restrictives et aux modalités de paiement dans le secteur des sociétés et des activités commerciales, contrairement aux crises financières précédentes, selon plusieurs observateurs.

« Je crois que depuis les 12 dernières années, le système bancaire a vraiment tenté de se renforcer en vue d'une éventuelle récession comme celle de 2008-2009, a indiqué Mark MacPherson. Pour les banques, cette crise revêt une importance aussi capitale que le Super Bowl pour les joueurs de football. Elles se montrent à la hauteur en étant proactives et en disant à leurs clients qu'ils peuvent compter sur elles pour les épauler, quels que soient leurs besoins. »

Cela dit, certaines banques américaines ne sont pas aussi conciliantes que celles du Canada.

« J'ai entendu dire qu'au sud de la frontière, les banques ne se montrent pas aussi patientes », a affirmé Sunil Sharma, associé et directeur général des Services-conseils transactionnels de BDO. « Ce n'est pas étonnant compte tenu du dynamisme que peut avoir le système bancaire américain, mais il faut en être conscient. »

Sunil Sharma a agi à titre de comodérateur de la table ronde avec Adam Mallon et Jamie Windle de BDO. Adam Mallon est associé et directeur général des Services-conseils transactionnels et Jamie Windle est associé et chef du groupe national des Services en capital-investissement.

Propriétaires et locataires

Les propriétaires n'ont pas accordé un aussi grand soutien que les institutions financières. Certains ont reporté et ajusté les paiements de loyer alors que d'autres ont insisté pour que les sociétés respectent leurs contrats.

« Une minorité de propriétaires sont exigeants et nous poussent à respecter les échéances, a mentionné un participant. La majorité d'entre eux ont toutefois fait preuve d'une certaine souplesse en permettant des reports de paiements d'au moins 90 jours. »

La latitude pourrait varier selon le type de propriétaire et de locataire. Les propriétaires d'immeubles spécialisés offrent moins de marge de manœuvre aux locataires que les grands joueurs. La demande pourrait contraindre les propriétaires à être encore plus compréhensifs au cours des mois à venir.

« Je me demande si les propriétaires seront plus flexibles à mesure que la situation évoluera, a affirmé Adam Mallon, établi à Edmonton. En 2014 et 2015, en Alberta, les propriétaires ont dû offrir des exemptions de loyer de crainte de ne pas trouver d'autres locataires. Je crois aussi que si les banques resserrent leurs politiques et que les entreprises commencent à éprouver des difficultés, les options des propriétaires seront plus limitées. »

Perspectives pour les sociétés de capital-investissement

Les participants à la table ronde ont été unanimes : les sociétés de capital-investissement peuvent s'attendre à une grande instabilité au cours des 12 à 18 prochains mois. Les transactions réalisées avant la crise du coronavirus pourraient devoir être ajustées, tant en matière de prix que de structure.

L'incertitude pourrait également ralentir le rythme des transactions si les équipes de direction hésitent à garantir la performance financière.

« Je crois que la crise transformera le processus de vente dans le cadre des fusions et acquisitions. Il sera dorénavant difficile d'utiliser des appels d'offres assortis de dates d'échéance pour lesquels tous les acheteurs doivent s'empresser de soumissionner si le nombre de participants est limité et la visibilité faible », a estimé Cody Church de Clear North Capital.

Il n'y a toujours pas de pénurie de capitaux disponibles, car les sociétés de capital-investissement au Canada ont récemment conclu des transactions ou trouvent du financement. Comme le coût associé à l'obtention de capitaux demeure faible, une hausse du nombre de transactions est à prévoir. La crise de la COVID-19 pourrait en fait donner lieu à des transactions, car le ralentissement pourrait pousser certains propriétaires d'entreprises en difficulté à vendre et des propriétaires plus âgés à devancer leur retraite.

De plus, selon la structure de leurs fonds, certaines sociétés de capital-investissement au Canada et aux États-Unis doivent trouver des occasions de placement et conclure des transactions. Si elles n'investissent pas leurs fonds selon un horizon de placement donné, elles rateront ces occasions et devront retourner les fonds aux investisseurs. Les possibilités sont de plus en plus limitées et elles pourraient devoir courir plus de risques qu'à l'habitude.

Que les sociétés de capital-investissement cherchent à réaliser des investissements ou à conseiller leurs sociétés de portefeuille, elles devront demeurer à l'affût des occasions et se préparer à protéger ce qu'elles ont bâti.

Voyez comment le groupe spécialisé en capital-investissement de BDO peut aider votre entreprise pendant la crise de la COVID-19.

Patrice Dumais, Associé, Évaluation d’entreprises et services transactionnels

Bernard Cormier, Associé, Services-conseils transactionnels et fusions et acquisitions

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