La chute du huard et ses effets sur le secteur manufacturier

22 octobre 2015

Écouter le nouveau chant du huard

Incidence sur le secteur manufacturier du déclin rapide du dollar canadien

En juillet 2013, le dollar canadien a oscillé depuis plusieurs années sur une fourchette allant de 0,95 $ au pair avec le dollar américain. Pendant quelques années, notre monnaie s'est installée dans une confortable routine après les tumultes du début des années 2000 alors que notre dollar se négociait aussi bas que 0,63 $ par rapport au billet vert. Il était plutôt rassurant après l'effondrement des marchés en 2008 d'avoir une monnaie au pair avec la devise qui fixe la norme internationale.

Notre dollar à parité avec la devise américaine n'a pas été favorable aux secteurs de l'exportation et manufacturier. Cependant, en raison des cours du pétrole oscillant à 100 $ le baril et des prix soutenus d'autres produits de base, les dommages à l'économie nationale se sont limités à la région du centre du Canada et plus particulièrement, au secteur manufacturier. Par contre, les consommateurs canadiens ont joui de l'avantage indéniable d'un pouvoir d'achat sur les biens importés en raison d'une monnaie forte.

Deux ans plus tard, en juillet 2015, les perspectives ont totalement changé. Depuis, ce dollar fort a fléchi à 0,76 $, et de nombreux économistes, notamment ceux de la Bank of America-Merrill Lynch, prévoient qu'il continuera à s'affaisser sous la barre de 0,70 $ d'ici la fin de l'année. Cette chute de 20 % à 25 % en vingt-quatre mois, dont un recul de 15 % entre les mois d'août 2014 et de février 2015, a largement fait la une des médias qui en arrivaient souvent à la même conclusion : la chute du dollar est favorable au secteur manufacturier. Comme pour toute forme de généralisation, la réalité est nettement plus compliquée.

Si vous vous basez sur l'Indice PMIMC RBC des directeurs d'achats de l'industrie manufacturière canadienne, alors la réponse est résolument positive. Après plusieurs mois difficiles au début de l'année, le PMI a enregistré en juin une solide croissance pour le secteur manufacturier. « L'indice PMI RBC a repris sa croissance positive en juin, ce qui s'explique par la relance des entreprises manufacturières canadiennes attribuable à l'amélioration de la croissance économique américaine et à la valeur plus concurrentielle du dollar canadien », a déclaré Craig Wright, premier vice-président et économiste en chef, RBC. En ce début d'été, nous prévoyons une tendance à la hausse des activités dans

Les principales conclusions du rapport sur l'indice PMI RBC de juin comprenaient :

  • La croissance de la production s'accélère et affiche son rythme le plus soutenu de l'année en cours
  • Première hausse du volume des nouvelles commandes depuis janvier
  • Plus forte progression des exportations depuis sept mois

Ces conclusions viennent ajouter foi à l'argument voulant qu'un dollar faible favorise les manufacturiers canadiens, du moins d'un point de vue d'ensemble.

En réalité, les choses sont nettement plus compliquées.

D'abord, aussi merveilleux cela soit-il d'avoir soudainement un avantage de 25 % sur les prix par rapport à vos concurrents, il n'en demeure pas moins qu'il faut compter sur le temps pour mettre en place une certaine logistique et faire appel à de l'investissement pour développer une nouvelle clientèle et établir des relations clients (ce qui compte parmi les facteurs du démarrage difficile pour l'année).

Ensuite, si les biens que vous fabriquez contiennent des composantes qui sont importées, alors l'avantage d'un dollar faible est estompé par le fait que vos frais de production ont augmenté proportionnellement. Cela fut le cas des fabricants pour le matériel agricole canadien. Il est vrai que la recherche de pièces et de composantes fabriquées au Canada stimulera davantage le secteur; mais comme pour le développement de nouvelles affaires, cela prend du temps et des ressources.

Enfin, il faut faire preuve de prudence en ce qui a trait à ces fabricants dont les produits comprennent de l'emballage commercial ou de produits de consommation. En particulier, tout produit dont le prix est imprimé avec un code-barre ou CUP, car il est bloqué à ce prix jusqu'à ce qu'il soit remplacé par un nouveau produit et un nouvel emballage. Cette situation est complexifiée par des systèmes d'inventaire comme SAP que la plupart des grands détaillants utilisent. Imposer de nouveaux prix sur ces marchés prend du temps et des ressources, peu importe l'agilité et la vivacité du fabricant. Pire, l'avantage de 25 % sur le prix peut avoir disparu avant que les produits avec les nouveaux prix aient atteint le marché, raison pour laquelle la plupart des fabricants agissent avec précaution en ces circonstances.

Il existe bien d'autres exemples qui réduisent l'impression généralisée qu'un dollar faible aide le secteur manufacturier canadien. La réalité est plus complexe et présente une variété d'effets positifs et négatifs combinés. En raison de ces phénomènes complexes, il est difficile pour votre entreprise de gérer le risque que posent les fluctuations de taux de change. Une forte hausse ou baisse du dollar peut engendrer des possibilités positives et négatives, et il serait alors difficile de savoir quelle est la meilleure stratégie à adopter.

« En affaires, il existe peu de situations plus pertinentes pour faire appel à la gestion de risques que les fluctuations de taux de change.»

En affaires, il existe peu de situations plus pertinentes pour faire appel à la gestion de risques que les fluctuations de taux de change. Cependant, entreprendre de sérieux efforts en gestion de risques prend un temps précieux et fait appel à des ressources analytiques. Aussi, de nombreuses sociétés confieront cette tâche à un professionnel en gestion de risques.

Un conseiller en gestion de risques qualifié assistera votre organisation dans le cadre de la mise en place d'une approche proactive pour gérer, voire exploiter, l'exposition aux risques de devises. Un conseiller en gestion de risques proposera probablement plusieurs étapes dans le cadre de la chute de notre devise. Notamment :

  • Faire une recherche approfondie de tous les coûts et revenus majeurs afin de comprendre l'incidence des fluctuations positives et négatives des taux de change.
  • Déterminer s'il existe des tendances pour une fluctuation donnée de devises pour cerner le positionnement le plus efficace à l'avenir pour la société.
  • Cerner le niveau de protection à l'égard des conditions contractuelles existantes avec les principaux fournisseurs et clients et recommander des modifications négociées lorsque cela s'avère nécessaire pour équilibrer les devises avec les produits et les charges.
  • Explorer la possibilité de passer les fluctuations de change aux clients et/ou aux fournisseurs, et ce, sans nuire, si possible, à ces relations clés.
  • Prendre contact avec d'autres fournisseurs qui peuvent offrir de meilleures options de prix en raison de leur positionnement par rapport aux fluctuations des devises, notamment en établissant des commandes permanentes avec de multiples fournisseurs afin de pouvoir rediriger les sources d'approvisionnement selon les besoins.

Outre ces points, un conseiller en gestion de risques qualifié peut recommander des initiatives clés de gouvernance, y compris des services d'audit interne et de planification stratégique qui aideront votre société à se préparer à faire face aux fluctuations futures de devises. Par exemple;

  • Dresser l'appétit et la tolérance aux fluctuations de devise de votre organisation. Cela pourrait se traduire par un meilleur positionnement qui réduirait les risques en pivotant vers une concentration sur le marché national ou, inversement, vers une expansion des activités d'exportation selon ce qui convient le mieux aux objectifs de votre société.
  • Lier les fluctuations des taux de change à l'efficacité opérationnelle et à l'établissement du budget afin de tenir compte avec plus de précision des vrais produits et charges.
  • Établir un audit interne régulier pour évaluer et surveiller avec plus de précision les risques interreliés sur une base continue.

La chute rapide du dollar canadien a créé des conditions qui peuvent être avantageuses pour les fabricants canadiens; toutefois, l'environnement n'est pas sans poser des risques et les atténuer consiste en la meilleure réponse pour la croissance de votre entreprise. Les Services-conseils en gestion de risques de BDO aideront votre organisation à mettre en place cette approche proactive pour gérer, voire exploiter, l'exposition aux risques de devises.


Sam Khoury sont des associés du groupe des Services-conseils en gestion de risques de BDO Canada. Il peut être joint à skhoury@bdo.ca.

Carlo Mariglia sont des associés du groupe des Services-conseils en gestion de risques de BDO Canada. Il peut être joint à cmariglia@bdo.ca.

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